Le lendemain, vous vous rendez au conservatoire dès le matin pour répéter ensemble. Afin de corriger vos erreurs, vous vous enregistrez à l'aide d'une caméra qui est ensuite branchée sur un ordinateur administratif pour voir le résultat. Vous devez vous filmez plusieurs fois avant d'être satisfaits du rendu. Ensuite, vous vous changez et allez manger dans un petit restaurant avant de vous rendre au cinéma. Après, c'est l'heure d'aller à la répétition en groupe. Comme tu t'y attendais, Daniel laisse de nouveau . . . y assister. Tu te sens motivée par sa présence. Malgré cela, tu n'arrives toujours pas à stopper sur le bras de Julien, le prince Siegfried.
D : « Je ne comprends vraiment pas, Esther. Tu y arrives pourtant quand tu es avec . . . . »
Tu fronces les sourcils. Comment savait-il que vous vous étiez entraînés ? Il répondit à ta question télépathique.
D : « Tu as oublié ta caméra. (Tu rougis à l'idée que Daniel vous ai vu ensemble.) Vous pouvez essayer ensemble, maintenant, tout de suite ?
T : Euh... D'accord. »
. . . va rapidement se changer puis vous dansez la variation ensemble et tout passe comme sur des roulettes, même mieux.
D : « C'est incompréhensible ! Faudra que je vous parle, à tout les deux. Allez, c'est pas grave, on continue. Il faut qu'on refasse la variation des quatre cygnes. »
À la fin du cours, vous allez voir Daniel.
T : « Pourquoi tu voulais nous voir ?
D : J'ai une proposition à faire à . . . .
. . . : Une proposition ?
D : Est-ce que ça te plairait d'intégrer la compagnie ? Même si tu as arrêté la danse, il y a plusieurs années, tu n'as pas tant perdu. Avec quelques cours de remise à niveau, ça irait sans problème. Et puis, Esther et toi vous complétez à merveille. Alors, qu'est-ce que tu en dis ?
. . . : J'y réfléchirai. Merci beaucoup.
D : Au revoir. »
Dès que vous sortez de la pièce, tu l'assailles de questions.
T : « Pourquoi n'as-tu pas accepté immédiatement ? C'est une chance en or qu'il te donne ! Reprendre la danse, tu y croyais à ça ? »
Lui ne desserre pas la mâchoire.
T : « Je te parles ! »
Il prononce alors ces deux petits mots qui suffisent à briser tout un idéal.
. . . : « Mon père. »
Dès lors, tu ne dis plus rien. Vous vous changez dans le silence le plus complet. Il prend cela pour une acceptation de la situation, mais il a tort. Tu te prépares au combat qui vient. Lorsque tu es sûre de bien avoir toutes les armes nécessaires, tu lances l'offensive. T : « Moi, je pense que tu devrais accepter.
. . . : Mais tu sais très bien que mon père...
T : ... n'a rien à dire sur ce sujet. C'est ta vie, pas la sienne.
. . . : Il n'empêche que c'est mon père et que je ne veux pas le blesser.
T : Tu as déjà largement fait ce qu'un bon fils devait faire. Tu as accompli son rêve,maintenant, à toi de vivre le tien.
. . . : Tu ne comprends pas, je ne peux pas lui désobéir.
T : Alors, explique-moi ! Un père qui ne laisse pas son fils voler de ses propres ailes est un mauvais père. Excuse-moi mais c'est vrai ! »
Il s'assoie à la terrasse d'un café et commande deux chocolats chauds.
. . . : « Installe-toi, l'histoire est longue.
T : Quelle histoire ?
. . . : Celle de la mort de ma mère. (Le serveur arrive et vous apporte la commande.) Mes parents se sont rencontrés à un stage BAFA, vers la vingtaine. Ça a été le coup de foudre. Ils sont tout de suite sortis ensemble puis, quelques années plus tard, ils se sont installés à Nîmes. Elle aimait le sud, la garrigue. C'est une des seules choses que je n'ai pas hériter d'elle. Mon père, lui, n'aimait pas spécialement l'endroit mais il était trop amoureux pour essayer de refuser. Il s'occupait d'une petite librairie qui marchait bien. Elle pouvait s'adonner à sa passion, la gymnastique. Et puis, je suis arrivé. Ils ont dû déménager. Quelques temps après, la librairie a eu une crise. Mon père faisait des heures supplémentaires pour essayer de la sauver. Cependant, la situation n'était pas assez grave pour que ma mère trouve un travail, en tout cas, c'est ce qu'il disait. En vérité, le magasin était au bord de la faillite. Internet faisait trop
de concurrence déloyale. Un jour, ma mère voulait nous montrer une nouvelle figure de son invention, sur les barres asymétriques. Mais ce soir-là, mon père a été retenu à la boutique. Pendant ce temps, alors qu'on l'attendait, elle s'échauffait. Je la regardai faire, elle était juste magnifique. Elle était vraiment passionnée. J'étais, moi aussi, impatient de voir cette fameuse figure "très impressionnante", nous avait-elle dit. Comme il tardait, elle décida de me la montrer avant lui. C'était un salto en l'air, elle devait rattraper la barre après. Mais elle est mal retombée, sa tête a heurté la petite barre. J'avais 7 ans, je ne savais pas quoi faire, j'étais complètement impuissant. Il m'en a toujours voulu de n'avoir rien fait pour la sauver. Mais je m'en veux aussi, même tout seul.Sinon, ses paroles n'auraient aucun effet sur moi. Il a raison, c'est de ma faute si elle est morte. »
. . . se met à pleurer. Tu as les larmes aux yeux.
T : « Bien sûr que non, ce n'est pas de ta faute ! Ta mère était une gymnaste accomplie, elle connaissait les risques qu'elle prenait. Elle détesterait que tu te tortures comme ça.
. . . : Comment tu peux le savoir ? Tu ne la connaissais pas.
T : Parce que c'est ce que voudrait une mère aimante pour son enfant.
. . . : C'est bien beau à dire, mais concrètement, c'est plus compliqué...
T : Tu vas accepter et aller aux répétitions. Et moi, je m'occupe de ton père. »